présentation

Le
Petit
Galand

Nouvelles diverses



Pierre Lepetitgaland est né à Cours, dans le Rhône en 1945. Après ses études secondaires à Charlieu et à Roanne dans la Loire, ayant été réformé définitif pour un souffle au c½ur, il part pour Rio de Janeiro au Brésil, où il restera plus de vingt-trois ans . Entre autres, il y exerce les professions de professeur de français à l'Alliance française, puis interprète et traducteur auprès de SOFRERAIL, Société Française d'Etudes et de Réalisations Ferroviaires pour le compte du réseau des chemins de fer brésiliens (RFFSA). Il travaille également comme guide et accompagnateur de groupes pour le compte d'une agence de tourisme française locale.
Rentré en France en 1990, il rencontre quelques difficultés à s'y réadapter. Après une seconde opération du c½ur en 1995, il renaît avec une âme de poète et accepte mieux le fait d'être revenu en France. Il a publié plusieurs recueils de poèmes à compte d'auteur. Il a également écrit quelques nouvelles. Ce sont ces dernières qu'il a le plaisir de vous présenter sous forme de livre, en espérant que vous les lirez avec plaisir.

Pierre Lepetitgaland a aussi écrit deux romans qu'il essaie de faire éditer. Il s'agit des aventures de Toni, truand où il relate les aventures d'un jeune truand au Moyen Âge, dans un style plaisant et enjoué. Vous pouvez avoir un aperçu dans les nouvelles présentées dans ce recueil. Le second roman est l'histoire d'une jeune fille brésilienne et d'un français déjà d'un certain âge qui se rencontrent à Salvador de Bahia et tombent amoureux. Les nouvelles sur la lettre et la photo peuvent être une suite plausible, mais non souhaitable, de ce roman quelque peu autobiographique.


A mes enfants,
à mes amis,
et à tous ceux qui savent
apprécier
et aimer ce que
j'écris

# Posté le samedi 10 février 2007 09:14

Mais qu'ont-elles donc toutes ?

Mais qu'ont-elles donc toutes ?


C'est l'été indien. Il fait très beau pour une fin novembre ; les feuilles sont déjà tombées au trois quart. Voilà pourquoi les rues sont jonchées de cadavres caduques des platanes et autres arbres presque nus. Le vent pousse les feuilles sèches et les accumule dans les caniveaux. Parfois, il souffle sur quelques dépouilles afin de les pousser plus loin ou les faire tourbillonner plus haut dans un nuage de poussière.

Quand je parle de vent, ce n'est pas d'un vent violent dont il s'agit ; n'allez pas imaginer une tempête ! Il s'agit tout au plus d'une brise légère, rien de plus ! Un doux zéphyr qui prend, semble-t-il, par moment, un malin plaisir à souffler un peu plus violemment... comme pour faire une farce.

Le thermomètre digital, en haut du bâtiment de la poste indique une température de 15°C. C'est tout à fait convenable pour un samedi matin d'automne. Très convenable. Il fait bon marcher dans les rues presque désertes. Le soleil brille dans un ciel sans nuages. Il se prépare à chauffer encore plus dans le courant de la journée. La météo prévoit d'ailleurs 18°C ou 20°C pour l'après-midi. Rares sont les voitures et tout aussi rares les passants. Ce qui, à priori, ne pose aucun problème pour moi. Moins il y a de monde qui se bouscule sur les trottoirs et plus je peux observer à loisir les gens que je croise ou rencontre. Et croyez bien, comme à mon habitude, je n'ai nullement l'intention de m'en priver, sur le trop court parcours qui sépare la gare de la banque où je me rends.

Soudain devant moi une jeune et jolie femme apparaît. Elle porte une jupe plissée genre kilt écossais aux couleurs vives, et un pull-over mi saison très seyant qui met en valeur ses formes des plus attrayantes. Brune, élancée, plutôt bien faite de sa personne, selon l'idée que je pouvais m'en faire à cette distance. Son teint n'a pas encore tout à fait perdu le bronzage qu'elle avait dû se donner tant de mal à obtenir pendant l'été. Il est vrai que, cette année, avec la canicule, ça devait bronzer dur dur autant sur les plages de la côte d'Azur que sur celles de l'océan Atlantique. Peut-être même que l'on avait pu bronzer convenablement jusqu'au fin fond de la Norvège, voire même de l'Alaska ? Malgré que nous soyons encore séparés de plusieurs dizaines de mètres, cette jeune femme me semble tout à fait charmante

Un détail toutefois me trouble. Elle a l'air un peu agitée. A mon goût, peut-être même un peu trop agité. C'est vrai, elle gesticule sans raison apparente. En tout cas, à la distance à laquelle nous nous trouvons l'un de l'autre, il me semble tout à coup que ses gestes soient plutôt désordonnés, et son attitude étrange en vérité. Plus nous nous rapprochons, plus son attitude me parait bizarre. Pauvre femme ! Belle, sans aucun doute ; agréable à regarder, certainement. Nonobstant je me sens quelque peu mal à l'aise de l'observer alors que nous nous approchons l'un de l'autre. Un peu comme si j'étais un "voyeur". En réalité, c'est toujours désagréable de trouver que quelqu'un de beau peut être débile mental. Ou de trouver un débile mental vraiment beau malgré tout. C'est gênant. Hors normes ou que sais-je ? En tout cas, c'est dérangeant, et j'en prenais soudain pleinement conscience.

Elle se rapproche de moi. Tout en marchant, la pauvre fille gesticule et semble faire des poses... S'arrête brusquement... pour repartir de plus belle. Visiblement, elle parle toute seule et ça se voit. Autrefois, on l'aurait carrément jetée dans un asile d'aliénés. Il est vrai que jadis, c'était surtout l'apanage d'une personne âgée de parler seule et fort en marchant dans les rues. Les gamins, dans les villages suivaient ce genre de personnages, leur lançant
des quolibets et se moquant d'eux, les traitant de "vieux ronchons" ou "vieux fous". Aujourd'hui cependant, sans doute à cause de son jeune âge, cette femme peut se promener librement dans les rue de la ville. Et puis, après tout, si près de la gare il n'est pas rare de rencontrer des débiles mentaux en liberté les week-ends. L'asile n'est pas si loin. Il faut en convenir. De plus, on ne peut pas enfermer tous ces gens-là à vie dans une cellule capitonnée, camisole de force et tout.

Je remarque cependant qu'elle n'a ni sac plastique - comme en ont bien souvent les mendiants ou les sans-abri - ni pochette, ni sac à main, ni valise. Vu son agitation elle n'aurait d'ailleurs rien pu garder en main. Elle aurait certainement tout fait voler au loin ou cassé en mille morceaux en jetant tout sur la chaussée. Elle avance en gesticulant de plus belle, comme une folle. Au moment où je la croise, elle se met à hurler : "Plutôt mourir ! Alors ça, jamais." Elle continue sa route en criant de plus belle "Plutôt crever ! Tu m'entends, Jamais !
Jamais !". Tu m'entends,...

Je sursaute, surpris par cette violence aussi soudaine qu'inattendue. Que se passe-t-il ? Que lui ai-je fait ? La rue n'est elle point à tout le monde ? Je n'ai pas prononcé un mot, et comme je l'imaginais réellement folle à lier, je ne lui avais même pas adressé un regard, me contentant de croiser son chemin, tout simplement, les yeux fixés droit devant moi.

A ce moment là, une bourrasque de vent plus violente m'oblige à fermer les yeux tant la poussière et les débris de feuilles desséchées semblent vouloir m'agresser au visage. Je ris sous cape en imaginant, en mon fort intérieur, que je viens de l'échapper belle. Au fond, ça aurait pu être la femme qui me sautait violemment au visage pour m'arracher les yeux. Allez savoir, peut-être pour me punir de l'avoir surprise parlant seule et agitée en diable.

Je continue mon chemin, mi amusé, mi préoccupé par cette rencontre quelque peu incongrue. J'en arrive même à penser qu'une telle rencontre aurait été beaucoup moins surprenante au mois d'août, au moment de la canicule. C'est vrai que par les grosses chaleurs le sang s'échauffe plus vite et les gens s'agitent plus facilement ; s'agressent pour un oui, pour un non. Et bien sûr, plus les gens sont fragiles, plus ils sont sensibles aux grosses chaleurs et à leurs conséquences. Je me revois en juillet/août, au volant de ma voiture affrontant la circulation pourtant assez fluide de la ville. Hyper énervé, j'explosais à la moindre queue de poisson, au moindre ralentissement inexpliqué. En fait, je m'énervais sans rime ni raison, m'irritant pour un rien à tout bout de champ.

J'en étais là de mes pensées rétrospectives lorsque j'abordais un croisement. Une véritable furie déboule sur ma gauche, tirant de toute la force de ses fins poignets sur une laisse. Le pauvre chien qui s'y trouve attaché ne demande, au fond pas mieux que d'arriver à suivre sa maîtresse. Toutefois, sa toute petite taille l'empêchait d'y parvenir. Il était, semble-t-il, absolument impossible à un si petit être de maintenir le rythme qu'elle voulait lui imposer.

"Non, ne me laisse pas seule !" criait la femme, le visage inondé de larmes." Tu ne peux pas me faire ça... à moi !" dit-elle en s'arrêtant soudain au bord du trottoir comme pour ne pas se faire heurter par le véhicule qui arrivait sur sa droite. Son pauvre toutou en profite pour se reposer. Il s'assied sur son séant. Il tire une langue si longue que j'en arrive à me demander s'il ne doit pas l'enrouler, comme le font les papillons pour la remettre dans une bouche si minuscule. Assis tranquillement sur son derrière, il écoute, l'air quelque peu indifférent, les vociférations de sa maîtresse. Laquelle hurle de plus belle, s'adressant toujours à son interlocuteur invisible, le regard baissé vers sa poitrine que l'on devine ferme et ronde sous son corsage. "Ne me laisse pas tomber" se lamente-t-elle. Ses pleurs ruissellent comme des torrents de montagne à la fonte des neiges, inondant ses joues, et laissant une auréole mouillée sur le devant de son corsage.

Tout en me dirigeant vers la banque, je me demande à part moi ce qui peut bien la perturber à ce point. Avoir une paire de seins aussi sublimes et les supplier de ne pas la laisser tomber.

"Encore une, pensai-je. C'est le jour de la saint Neuneu, ou alors ils ont oublié de fermer les portes de l'asile." Je ne cherche pas à comprendre d'ailleurs pourquoi elle s'adressait à son chien en lui demandant de ne pas l'abandonner. (Le pauvre aurait été bien en peine de faire une chose pareille vu qu'il était solidement retenu par sa laisse et son collier). Et puis quoi ! s'apitoyer ainsi sur sa poitrine, en pleine rue ! En arriver à pleurer tout en s'imaginant qu'elle allait tomber ? Quelle anticipation d'ailleurs ! Je pensais intérieurement : "une telle idiotie ne peut tenir que de la pure fiction, vu que ses pare-chocs ont vraiment l'état de neuf et qu'à son âge, ils ne sont pas près de dégringoler, çà c'est sûr".

J'en étais encore à me demander ce qui pouvait bien se passer dans la tête des gens, et pourquoi aujourd'hui, tout particulièrement lorsque j'arrive devant un "bouchon". Les "bouchons", vous connaissez. Ce sont ces petits restaurants rustiques, typiques de la région lyonnaise. On peut y déguster le Beaujolais nouveau ou le Côte du Rhône primeur. Il est également possible d'y manger des spécialités régionales telles que : "Tablier de Sapeur", "Sabodet" ou "Cervelle de Canut". Mais là, sans doute en raison de l'heure du déjeuner qui avance, je m'écarte du sujet.

Un couple de jeunes amoureux se tient en terrasse. Un demi de bière venait visiblement d'être posé par le serveur devant chacun d'eux car ce dernier venait tout juste de regagner son bar lorsque j'arrivais à leur hauteur. Le jeune homme a visiblement la tête baissée sur le coté droit de son torse. Il chuchote des mots, que je n'entends pas, au col à moitié relevé de sa veste. Serait-il trop timide pour s'adresser carrément à celle qui manifestement est sa petite amie ? Aurait-il peur de la regarder dans les yeux ? Pourtant, sa main gauche joue avec la main droite de la jeune fille. Ils croisent leurs phalanges en un geste tendre. La jeune fille aux doigts longs et fins, les ongles bien manucurés, semble apprécier ce geste plein de douce tendresse amoureuse. De la main droite, il joue avec son verre embué, y dessinant des rigoles.

Chose curieuse, la jeune fille ne fixe pas plus son compagnon que lui ne semble la fixer. Aucun des deux ne prête la moindre attention à l'autre. Elle, pour sa part, joue avec sa main gauche à enrouler une mèche de cheveux au dessus de son oreille, le coude appuyé sur le rebord de la table. Ses longs cheveux dorés cachent une partie de
son visage et elle donne l'impression de parler à l'une des mèches rebelles de sa magnifique chevelure.

Bien sûr, il va de soi que je n'entends nullement ce qu'ils sont en train de dire, pourtant, tout dans leur attitude montre bien que ni l'un ni l'autre ne se parle vraiment ni n'échange le moindre propos. Ils parlent sans absolument rien se dire l'un à l'autre. Etrange. Un couple visiblement amoureux - leurs mains en témoignent, leurs doigts mêlés en sont un signe visible - qui n'a rien à se dire. On dirait qu'ils boudent chacun de leur côté. Oui, c'est ça, ils boudent et bougonnent chacun dans leur coin tandis que leurs mains au premier abord disent franchement le contraire. Aucun doute, leurs doigts sur la table démentent catégoriquement leur attitude d'indifférence apparente.

Bien qu'un tant soit peu troublé par cette vision, je continue mon chemin jusqu'à la banque, en pressant un peu plus le pas en raison de l'heure de la fermeture qui approche inexorablement. Sur ces entrefaites, j'arrive au guichet et procède aux opérations financières pour lesquelles je me suis rendu dans cet établissement. Après tout, on va rarement à la banque pour observer les passants que l'on rencontre en chemin ! Tandis que j'attends que le caissier me donne l'argent en échange du chèque que je viens de lui remettre, une jolie cliente fait son entrée.

Il s'agit vraiment d'une femme superbe. A vous couper le souffle ! Le visage d'un ovale parfait, couronné d'une crinière blond vénitien bouclée. Ses cheveux semblent si soyeux qu'on a presque envie de les toucher. Ses yeux sont d'un vert si pur qu'on se sent capable de plonger jusqu'au fond pour s'y perdre. Un teint superbe, sans maquillage apparent. La perfection incarnée quoi ! Sous un ample manteau plus que marine, presque noir, largement ouvert, une minijupe charmante et des jambes parfaites au galbe irréprochable.

Nonobstant, chose étrange et troublante, elle aussi parle seule et à haute voix. Oh, pas très fort, mais suffisamment cependant pour que je puisse comprendre qu'il s'agit d'une conversation sérieuse, genre conversation de bureau. Elle semble entendre des voix. Parfois, un sourire illumine son beau visage. Fuse alors une réponse murmurée, lourde de promesses. Un peu surprenant, mais charmant.

Ayant enfin pris possession de mon argent, je me tourne pour quitter l'établissement et me dirige vers la sortie. De ce fait, je me trouve un court instant face à face avec cette Jeanne d'Arc. Une Jeanne d'Arc moderne au visage angélique, qui dialogue avec ses voix invisibles dans le hall d'une banque en plein XXIème siècle. Et le meilleur, croyez-moi, c'est qu'elle semblait rayonner, quand, en me fixant droit dans les yeux, elle dit tout haut, sur un ton sans équivoque d'inimaginable volupté, avec une espèce de bonheur si tangible qu'il lui faisait gonfler la poitrine : "C'est vrai ? Tu veux bien !".

C'est alors que j'ai vu... l'écouteur dans son oreille...
Le fil... qui le reliait discrètement jusqu'au bord de sa minijupe...
Je venais soudain de prendre conscience de ma méprise...

Je m'expliquais brutalement les comportements étranges des passants que j'avais rencontrés en chemin entre la gare et la banque... Je comprenais alors ces gestes désordonnés et ces propos décousus et dénués de sens tenus sur mon passage. Ces paroles et ces cris qui semblaient m'être destinés sans aucune raison, lancés gratuitement par ces gens rencontrés au hasard d'un déplacement tout à fait anodin...

Bien sûr, je ne voyais pas l'appareil que la femme devait dissimuler sous sa jupe, mais je savais qu'il ne pouvait s'agir que d'un maudit portable muni d'un tout aussi maudit "kit mains libres".

# Posté le samedi 10 février 2007 09:15

Voyage fantastique

Voyage fantastique.


« La nef était enfin fermée. Porte close, nous étions prêts pour le grand départ. L'immense nef, (ou devons nous plutôt dire astronef, spationef ou vaisseau spatial ? - au fond peu importe - était posée, bien verticalement. Le départ semblait imminent. Encore fallait-il que les conditions soient optimales pour ce faire. Astrid nous avait assuré que tout de passerait bien et nous étions entièrement confiants. »
Tout avait commencé par un jour ensoleillé du mois d'août. Astrid leur était apparue, belle, immense. Une géante en quelque sorte. Son visage auréolé de reflets dorés mettait en valeur ses joues un peu rondes, une bouche toujours souriante et des yeux que l'on pourrait qualifier de coquins. Elle était presque entièrement nue. Hormis une sorte de pagne rose à élastique, serré aux jambes par des volants de dentelle qui laissaient libre ses membres potelés. Ils avaient décidé qu'il ne pouvait s'agir que d'une déesse bienfaisante.

Elle s'était assise là, près d'eux et avait commencé à jouer. Les prenant par la main, elle les lâchait brusquement pour les rattraper juste avant qu'ils ne retouchent le sol. Elle semblait infatigable. Elle les lançait au loin, les laissait courir sur ses cuisses douces et blanches, les taquinait de ses pieds immenses, leur permettant de se blottir entre ses orteils grassouillets qui sentaient si bon le monoï. Sans doute utilisait-elle un parfum spécial. Un peu huileux et gras qui sentait l'ambre aussi car ils pouvaient s'accrocher facilement sur ses mains, ses doigts, ses jambes et y rester collés, suspendus jusqu'à ce qu'elle les pousse gentiment pour qu'ils se retrouvent à terre.

C'est Astrid qui avait eu l'idée de la nef. Pour qu'ils puissent réaliser leur rêve de quitter ces rivages et traverser les immensités de l'espace qui s'ouvrait devant eux afin de découvrir de nouveaux horizons.

Pendant plusieurs jours, Astrid avait en effet inventé un nouveau jeu.
- Ah ! disait-elle. Vous aimeriez bien voyager ! Vous aimeriez bien aller au delà de cet immense espace mystérieux et insondable pour vous retrouver sur des rives lointaines. Dans un pays où il ferait toujours beau. Vous aimeriez vous mélanger avec vos semblables. Je vais vous aider à faire un beau voyage.

Leur montrant la nef qu'elle avait posée à ses côtés, elle continuait :

- J'ai apporté ce qu'il faut pour vous aider à quitter ce côté-ci. Vous allez faire un beau voyage.


Tout en parlant ainsi, elle les faisait pénétrer dans la nef qu'elle avait apportée avec elle, les poussant gentiment par milliers à l'intérieur. Ils s'y glissaient docilement, et en toute confiance, en file indienne ou quatre par quatre, selon le bon vouloir de leur déesse et amie.

Parfois, une voix grave, semblant surgir de nulle part, peut-être même du lointain firmament, appelait Astrid. Cette voix, forte comme le tonnerre, autoritaire se faisait entendre et Astrid obéissait promptement. Etait-ce son Père, quelque Dieu qui l'appelait ainsi ?

- Astrid ! Viens, il est l'heure. Tu continueras demain. Ça suffit pour aujourd'hui. Rentrons.

Et la déesse obéissait à cette voix autoritaire et sans appel. Elle les abandonnait alors à leur triste sort, soit dans la nef, soit à proximité selon l'endroit où ils se trouvaient lors de sa disparition.

Une nuit, alors qu'Astrid les avait laissés seuls sur le rivage, une tempête effroyable survînt. La pauvre nef était ballottée en tous sens par des vents d'une violence incroyable. C'était une nuit sans lune, d'un noir d'encre qui s'était abattue sur eux. Des forces démoniaques semblaient s'être déchaînées. Les ouvertures de la nef étant restées ouvertes, c'est par milliards que certains s'engouffraient à l'intérieur. Parfois, la nef se retournait et beaucoup étaient projetés à l'extérieur. Violemment. Des milliards entraient et ressortaient ainsi comme suffoqués par l'air confiné de cette nef qui n'en finissait pas d'être roulée et secouée dans tous les sens sur ces rivages hostiles. Ce déluge dura longtemps. Le tonnerre grondait tout près. Chaque coup de vent faisait s'abattre des tonnes et des tonnes d'eau sur la pauvre nef abandonnée qui était malmenée dans tous les sens.

Quelques mois, quelques années plus tard. Ou serait ce quelque heures ? Car, à l'échelle de ces pauvres êtres en attente d'un monde meilleur, le temps est-il le même que celui des dieux ? Un certain temps plus tard donc, Astrid réapparut enfin.

Après des millénaires de frayeur due aux déchaînement des éléments liquides et de la tempête violente qui s'était abattue sur ces rivages, elle reprit la situation en main.
Après avoir retiré ceux qui restaient
encore à l'intérieur de la nef, elle l'avait entièrement nettoyée. De fond en comble. Puis, le soleil qui avait succédé au déluge finit par la sécher à l'intérieur. Les parois étaient propres, brillantes et parfaitement sèches. Astrid reprit donc ses préparatifs. Elle les fit tendrement reprendre leur place à l'intérieur. Les plaçant de sa main douce et fraîche dans la nef entièrement nettoyée. Tout en prenant soin de ne pas trop la remplir pour qu'ils puissent avoir suffisamment d'espace pour se retourner pendant le voyage.

Les préparatifs ont duré fort longtemps. Astrid prenait grand soin dans le choix des passagers, retirant certains voyageurs, en remettant d'autres ; éliminant les marchandises indésirables telles que débris et souillures diverses. Elle préparait le voyage avec beaucoup de concentration et un grand sérieux.

L'heure du grand départ venait de sonner...

Astrid ferma enfin les écoutilles. Bien hermétiquement. La lumière pénétrait à flots à travers les parois transparentes de la nef ce qui permettait de voir tout à loisir ce qui se passait au dehors. Bien sûr, l'arrondi et l'épaisseur des cloisons déformaient sensiblement la vision, mais la vue sur l'extérieur était parfaitement suffisante.

L'un d'eux raconte :

« Astrid jeta un dernier coup d'½il à l'intérieur de la nef. Son ½il nous apparût soudain énorme. Immense à travers les parois, comme un ½il de Cyclope ! Le bleu clair de son iris et sa pupille étaient agrandis d'une manière impressionnante. Amplifiés en quelque sorte par un effet de loupe dont nous ne comprenions que très peu le fonctionnement. Elle souriait pour nous réconforter, tout en nous souhaitant un bon voyage.

- N'ayez pas peur ! dit-elle en lançant tout à coup la nef très haut dans l'espace. Vraiment très loin au dessus de sa tête.

- Vous allez réaliser votre rêve. Disait-elle encore. Vous allez rejoindre d'autres rives et connaître d'autres endroits. Tout ira bien.

Tandis qu'Astrid parlait ainsi, la nef retombait lourdement un peu plus loin et s'enfonçait quelque peu dans un sol relativement mou. A la verticale, prête pour un nouveau départ.

La voix que nous avions déjà entendue bien d'autres fois auparavant se mit soudain à gronder et Astrid disparut comme par enchantement, nous abandonnant à notre sort.

Des couleurs absolument fantastiques nous apparurent alors. Le firmament passa du bleu clair et sans nuages à l'orange, au rouge pour finir dans les tons de mauve et cyan. Nous étions éblouis par ce spectacle qui dura des décennies et des décennies. Une nuit tomba enfin qui dura longtemps. Tout devînt calme à l'extérieur. Nous attendions avec impatience le départ qui nous semblait imminent. La nef se mit à trembler, secouée par des forces invisibles qui semblaient vouloir l'arracher au sol où elle était retenue. Tout à coup, la nef fut projetée vers le haut et commença à se mouvoir lentement comme attirée vers l'espace.

Le long voyage venait de commencer...
...Ce voyage nous sembla durer une éternité. Des années lumières de voyage s'étiraient devant nous, monotones et interminables.

Ballottée aux grès des intempéries, la nef avançait allègrement. Affrontant des éléments souvent déchaînés et hostiles.
Tantôt elle montait, tantôt elle redescendait comme aspirée par des trous d'air beaucoup plus profonds et brutaux que ceux que l'on peut connaître en avion. Des dénivellations de milliers de kilomètres ! Gouffres effroyables qui semblaient vouloir nous engloutir à tout jamais. Souvent frôlée par d'énormes embarcations semblables à des météorites, repoussée par des remous houleux et rapides, comme si la queue d'une comète voulait nous chasser au loin. D'énormes monstres frôlaient les parois heureusement résistantes de notre embarcation. Parfois la panique s'emparait des passagers. Une sainte terreur régnait à l'intérieur. Le silence était palpable. Pourtant, nous avions confiance. Astrid ne nous avait-elle pas rassurés avant le départ ?

Bien souvent, nous étions violemment jetés les uns contre les autres, tantôt allongés sur le flanc, tantôt entassés au fond de notre nef.

Les pleines lunes succédaient aux pleines lunes... Les saisons aux saisons...Le voyage paraissait interminable. La chaleur était insoutenable. Les parois s'emplissaient de buée et notre vision sur l'extérieur en était troublée. Les jours et les jours passaient, se succédant tous semblables les uns aux autres. La soif d'aventure nous empêchait cependant de sombrer dans un désespoir qui nous menaçait chaque jour davantage. N'était ce pas notre déesse bien aimée qui nous avait suggéré cette aventure ? et qui plus est nous avait aidés à la réaliser ? nous nous devions donc de lui faire confiance. Tout se passerait bien, nous en avions la certitude. Nous avions une foi aveugle dans les promesses d'Astrid que nous priions chaque jour avec plus de ferveur, lui demandant aide et protection, nous en remettant entièrement à sa divine volonté.

Après d'innombrables dangers, qu'il serait trop long de vouloir rapporter dans ce récit, car ce voyage dura réellement longtemps, un nouveau rivage apparut soudain devant nous. Nous allions enfin aborder en terre promise. Notre épopée allait toucher à sa fin.

Nous avions traversé le vaste espace azur et, nonobstant les dangers encourus nous abordions finalement notre terre promise. Une nouvelle vie allait s'ouvrir devant nous. Nous allions retrouver nos semblables et nous fondre en eux. Du moins, l'espérions nous.

L'atterrissage se fit en douceur. La nef était bercée par des ondes tranquilles. Un soleil nouveau brillait. On pouvait voir des rochers à fleur d'eau. Notre embarcation montait et descendait au grès des vagues, tantôt s'approchant de rochers menaçants, tantôt s'en éloignant. La plage était toute proche. Au loin, des palmiers chargés de gros fruits ronds ornaient les bords de la mer. Penchés ils tendaient leurs palmes vers les ondes tranquilles, crêtées d'écume blanche. Notre Odyssée touchait à sa fin... Astrid avait tenu parole.

Il ne nous restait plus qu'à quitter la nef, mais nous ne savions malheureusement pas ce que nous devions faire pour cela. Dans sa presse de nous quitter, Astrid ne nous avait donné aucune consigne. Elle semblait même avoir oublié de nous remettre la clef pour ouvrir les écoutilles et pouvoir sortir lorsque notre voyage toucherait à son but.

Nous devions donc nous en remettre à la toute puissance de nos dieux et compter sur la divine Providence. Le rivage était là, à portée de nos pas. L'impatience nous gagnait peu à peu. L'angoisse aussi de rester enfermés dans notre prison, si près du but. La nef était à demi enlisée dans le sablede la plage et les écoutilles demeuraient irrémédiablement closes.

Soudain, une vague plus violente que les autres souleva brusquement la nef, la projetant vers le rivage. C'était l'heure de la marée montante. Au bord de la mer, d'innombrables rochers et récifs attendaient, menaçants. La nef allait et venait, portée par les ondes, s'approchant ou s'éloignant du rivage et des dangers qui nous guettaient. Une vague, beaucoup plus forte que les autres finît par nous projeter contre un rocher, fracassant notre nef dans un bruit de tonnerre.

La terrible explosion nous expulsa brusquement hors de notre embarcation, nous mélangeant au sable de la plage de "Boa Viagem" à Récife, au Brésil. »


Ainsi se terminait l'incroyable voyage de quelques milliers de grains de sable jetés dans une bouteille de verre par Astrid, une enfant de cinq ans, et abandonnés sur le bord de la plage de Lacanau-Océan en Gironde pendant les vacances d'été.

# Posté le samedi 10 février 2007 09:16

les aventures de Toni truand

Synopsis du roman.

Dans son livre, l'auteur nous fait découvrir les aventures d'un jeune truand au moyen âge. Toni nous apparaît sous un jour plutôt sympathique, grâce au style plaisant et enjoué du roman. En effet, l'auteur nous fait vivre dans un Paris sale et bruyant, grouillant de badauds et de vermines, dans des rues mal entretenues où chacun jette impunément ses déchets. Pavés disjoints, rigoles infectes, tout vient en aide à notre héros de l'époque.

Le récit se passe aux environs de 1300. Dans les rues, les marchés servent de décor aux aventures de notre héros. L'église de Notre Dame, visitée par grand nombre de touristes et pèlerins qui servent admirablement bien les desseins du protagoniste du roman est construite depuis plus de 200 ans. L'Hôtel Dieu, le fameux hôpital de Paris nous fait découvrir les soins hospitaliers tels qu'ils étaient administrés au Moyen Âge. C'est aussi l'époque où le Roi Jean II, dit Jean le Bon, convoque les états généraux, ce qui en fait est tout à fait favorable à notre ami. Toni fréquente les tavernes et autres lieux de perdition, gargotes et bouges et y rencontre un grand nombre de personnages aussi sympathiques que lui.

Plus divertissant que fidèle à l'époque, ce livre, plein d'humour, permet de passer un agréable moment. Voici les premières nouvelles qui sont, en fait à l'origine du roman.

Vous pouvez aller lire cette oeuvre en cliquant ICI

# Posté le samedi 10 février 2007 09:19

les mésaventures de Finette

Les mésaventures de Finette


Toni, avait réussi à retrouver la dame qui hantait ses rêves. Serveuse à la taverne "à l'accueil du Pèlerin", elle ne s'était point montrée trop farouche, lorsqu'il l'avait abordée, dans la ruelle jouxtant l'établissement où elle travaillait. Beau parleur, il l'avait facilement convaincue qu'elle pourrait être heureuse avec lui. Bien plus, en vérité qu'avec le bonhomme qu'elle considérait comme un goujat, depuis qu'il avait osé lui mordre les lèvres alors qu'ils étaient en train d'échanger des baisers sur la grande place devant l'église Notre-Dame. Il est vrai qu'il avait été bousculé, comme par inadvertance, par Toni qui l'avait, alors, joliment détroussé.

D'après Toni, qui ne se sentait plus de bonheur, elle n'aurait plus besoin de travailler. Jamais. Il pourrait subvenir à ses besoins, et réussirait à lui prodiguer une vie sereine et sans soucis.

Avec son baratin imparable, il réussit donc à convaincre la belle qu'elle avait tout à gagner à le suivre. Comme elle était seule dans la vie, et plutôt déçue par ses dernières expériences amoureuses avec son collègue de travail, elle accepta volontiers l'offre de Toni. D'ailleurs, elle le trouvait fort sympathique et amusant. Elle lui dit s'appeler Rosette. Ils restèrent longtemps enlacés, sur les berges du fleuve, occupés à échanger des baisers passionnés.

Six coups allaient sonner au beffroi lorsqu'ils arrivèrent, enfin à la taverne où Toni tenait ses quartiers, les jours fastes. Il avait encore sur lui les écus sonnants et trébuchants, butin de ses derniers larcins. Il alla, rayonnant de félicité, s'asseoir à la grande table de chêne qu'il avait coutume d'occuper dans cet endroit.
A son entrée dans l'estaminet, fier comme Artaban qui se serait pris pour Antoine tenant Cléopâtre par le bras, aucune fille n'osa s'approcher de lui pour lui faire la fête, comme elles avaient l'habitude de le faire normalement. Aucune d'entre elles n'osa, non plus, s'approcher de la table où Toni et Rosette avaient pris place. Toutes regardaient les deux amoureux tendrement enlacés. Elles les enviaient d'échanger de si délicieux baisers.

La belle Marion, qui autrefois passait le plus clair de son temps avec Toni, en toute amitié, arriva à son tour, au bras du jeune
professeur auquel elle avait voué un amour éternel. Un silence pesant s'abattit sur la taverne. Les connaissant pour dormir et passer du bon temps ensemble, tous s'attendaient à quelque esclandre de la part de l'un ou de l'autre. Que nenni ! il n'en fut rien. Ils avaient eu une explication cet après-midi même et Marion avait expliqué à Toni, que, lors de sa longue hospitalisation, quand elle l'avait cru mort, elle avait rencontré quelqu'un. Ce dernier avait d'ailleurs fort bien compris. Toni, de son côté avait retrouvé Rosette et, désormais rangé des voitures, il invita son ancienne amante à se joindre à eux. Ils soupèrent, tous les quatre ensemble, d'une délicieuse soupe au chou et au lard, comme le cuisinier de la taverne savait les faire.

Pendant le souper, Rosette était d'humeur joyeuse. Elle raconta la mésaventure de son amie Finette qu'elle avait rencontrée dans le courant de la matinée. Elles s'étaient retrouvées pendant
sa pose, car Finette était désespérée en raison d'une aventure qui lui était arrivée il y a quelques jours, et elle avait besoin de se confier à quelqu'un.

Fille de joie réputée et fort courtisée par la gent masculine, elle avait eu deux enfants en un peu moins de vingt mois. Elle avait fait part de son triste sort à sa grande amie. Jeune fille appétissante et quelque peu délurée, elle avait rencontré, il y a environ deux ans, un guérisseur sur la grand-place des Halles. Ce monsieur, bien mis, à la voix agréable et portant loin, vantait sa marchandise avec verve et ferveur. Il s'agissait d'une potion magique, qui était capable de guérir la gale, la chute des cheveux et l'urticaire, d'une part ; et même, utilisée en guise de collyre elle avait un pouvoir miraculeux pour recouvrer la vue. Utilisé comme onguent, elle permettait, à la peau de conserver sa fraîcheur, évitant ainsi les engelures et autres désagréments pendant l'hiver...

Ce qui, cependant avait tout particulièrement retenu l'attention de Finette, c'était une pilule rose. Soi-disant à base de camomille et d'extrait d'aubépine. Ce comprimé, aux dires du guérisseur était sa toute dernière découverte. Elle permettait aux dames peu désireuses d'enfanter, de se préserver des grossesses indésirables. C'était la panacée pour une fille telle que Finette qui, lorsqu'elle se retrouvait enceinte perdait une bonne partie de sa clientèle. En effet, les gens qui avaient recours à ses services, le faisaient fréquemment pour fuir l'ennui d'un foyer, où leur femme, enceinte, se refusait à eux. Elles avaient grand peur que les relations, dans leur état, ne causent du tort à leur progéniture. Les pauvres maris, marris, avaient donc recours aux services de filles de joie. Auprès desquelles, d'ailleurs, ils devenaient vite des clients assidus, y trouvant un plaisir certain. Mais, de là à se livrer à des ébats amoureux avec des filles au ventre rebondi ! ! !...il y a un monde !

Pour Finette, une grossesse était une véritable catastrophe. Elle était bien résolue à les fuir comme la peste. Plus encore que la peste, d'ailleurs.

Cette pilule tombait à pique. La jeune femme s'y intéressa à tel point, qu'elle dépensa une véritable fortune pour en acquérir plusieurs centaines. Le marchand les vendait par 21, dans des petits sachets de papier roses avec un petit ruban fort gracieux qui servait de cordon. Comme à cette époque, les guérisseurs voyageaient beaucoup, il valait mieux faire des réserves. On ne savait jamais quand on aurait l'occasion de les rencontrer de nouveau, pour renouveler les stocks.

Bien qu'elle ait commencé le traitement le jour même, et qu'elle ait très scrupuleusement suivi les indications plus ou moins claires, d'ailleurs, que Charles (c'était le nom du guérisseur) lui avait données pendant cette nuit qu'ils avaient passée
ensemble, elle tomba enceinte. Rien n'y fit. Ni les potions, ni les thés des vieilles bonnes femmes n'arrivèrent à y mettre fin ; et l'enfant arriva à terme.

Elle était convaincue que cet enfant avait malencontreusement été conçu avant l'acquisition de ce remède... Elle continua donc à prendre scrupuleusement sa "pilule".

Malheureusement pour elle, à peine remise de ses couches, elle tomba de nouveau enceinte. Lorsqu'elle se rendit compte de son état, aucun remède de sorcière ne pouvait plus empêcher la grossesse. Cette fois-ci, Finette accoucha d'une petite fille, qu'elle dut abandonner sur le parvis de Notre-Dame, car sa situation ne lui permettait pas de payer la nourrice pour deux enfants. Son état lui avait fait perdre un trop grand nombre de clients assidus. Sa situation s'était, de ce fait passablement détériorée. Il faut dire que, l'argent, qui

autrefois, coulait plus ou moins à flots, se faisait de plus en plus rare.

Elle avait fini par retrouver Charles, un beau jour, près des remparts de la ville. Toujours fringant et le verbe haut, il vantait sa marchandise à qui voulait bien l'entendre. Finette s'était approchée de lui, et, timidement, alors qu'elle s'était bien promis de lui arracher les yeux lorsqu'elle se retrouverait en face de lui, elle demanda à lui parler.
Charles ne reconnut pas Finette, qui lui avait pourtant prodigué, jadis, des soins qu'il avait jugés inoubliables.
- Que veux-tu, ma jolie ? Ma pilule ? pour éviter de tomber enceinte !
- Non, Charles, rétorqua Finette, de plus en plus impressionnée par la prestance et le charisme de son ancien amant d'un jour. Je voudrais un complément d'informations sur cette pilule.
- Vas-y, parle, femelle ! Tonitrua Charles, irrité par cette interruption malencontreuse. Parle, te dis-je !
- Eh ! bien, voilà. Finette retrouve soudain son aplomb et se lance. Il y a deux ans à peine, je t'ai acheté ton remède. Depuis, j'ai eu deux enfants. Un garçon et une fille.
- Et alors ? qu'ai-je à voir avec ça ? vas-y, accouche, cria Charles de plus en plus irrité.
- Je voudrais savoir ; cette pilule, il faut la prendre... avant, ou après l'acte sexuel ?
- Mais, ma fille ! Réfléchis un peu ! C'est une pilule calmante, pour dormir. Il faut la prendre à la place de...

Charles n'eut pas le temps de finir sa phrase. Finette s'était ruée sur lui, telle une furie. Elle s'acharnait à essayer de marteler la forte poitrine de Charles qui s'esquivait.
Il ne demanda d'ailleurs pas son reste et se mit à déguerpir à toutes jambes.

- Ah ! Charles, attends ! Charles, attends ... je t'arrache les yeux ! criait Finette désespérée. Elle venait, sans le savoir d'inventer un mot nouveau, qui ne lui était d'ailleurs d'aucun secours.

Marion, Toni et le professeur rirent à en pleurer... L'ami de Marion se tenait les côtes tant il riait de l'infortune de la malheureuse. Tous, ils la plaignaient cependant de s'être montrée si ingénue et de s'être laissée séduire par cet odieux personnage. Mais Rosette avait raconté cette histoire avec une telle grâce qu'ils ne pouvaient se retenir.

Toni embrassa sa belle à pleine bouche, goulûment, pour lui montrer qu'il avait apprécié son talent de conteuse.

Puis, repus et comblés, tant par les victuailles que par la bonne humeur provoquée par le récit de Rosette, ils demandèrent deux chambres et se retirèrent pour la nuit.

Cette nuit-là, épuisé par des prouesses amoureuses auxquelles il était peu habitué, Toni rêva qu'il vivait au XXIème siècle et qu'il amusait ses arrières, arrières, arrières, arrières... petits-enfants en leur racontant ses exploits et aventures.

# Posté le samedi 10 février 2007 09:20